Toujours tout droit

C’est l’histoire d’une ville, qui voudrait tout avoir d’une grande. Devenir une référence du tourisme européen, comme Budapest ou Vienne. Sauf qu’à Belgrade, tout est plus compliqué. Même si on met de côté la guerre, si on efface de sa mémoire les bombardements de l’Otan il y a à peine 20 ans, la capitale serbe reste bien grise. Difficile de voir toutes les beautés vantées par notre guide. Ok, Attila serait mort ici, Lamartine aurait dit quelque chose sur le charme du site, et la vie de bohème à Skadarlija n’aurait rien eu à envier à celle de Montmartre en son temps. Quand même. Nous sommes une petite vingtaine à suivre le free walk tour ce jour-là, et à refréner nos questions polémiques. Impossible d’évoquer la dislocation de la Yougoslavie pendant cette visite. Tout est fait pour que le touriste garde un souvenir joyeux et positif de la ville. Les bars bobos fleurissent. Ça sent bon le hipster.

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Tag du club de foot du Partizan Belgrade

On quitte Belgrade avec l’envie d’avancer vite. Il fait froid, les voitures tracent sur le bitume comme si nous n’y n’étions pas. L’agriculture est intensive, les tracteurs gros comme des camions. On tente de demander l’hospitalité dans un jardin le long de la route. C’est non. On s’installe un peu plus loin à côté d’un bungalow de pêcheurs. Deux heures plus tard, l’homme de la première maison réapparaît. Il a des remords. Si on veut, on peut s’installer sur son terrain. C’est la deuxième fois que ça nous arrive. Ils sont drôles avec leurs hésitations. Les pêcheurs ne nous laissent repartir le lendemain matin qu’avec du chorizo dans les sacoches, et après nous avoir servi un bon café. Prêts pour aller faire un petit tour en Croatie !

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Le gris Serbie
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Bonjour tristesse !

Tout paraît mieux chez les Croates. Des routes en meilleur état. Moins de déchets. Des vallons qui cassent la monotonie. On se sent bien quand on arrive à Vukovar, ville croate à la frontière avec la Serbie. Les maisons sont toutes neuves. Partout, des travaux. C’est le grand chambardement. Bizarre. Mais, il est criblé d’obus ce château d’eau ! Et ces murs défraîchis, couverts d’impacts de balles. En 1991, lors de la guerre d’indépendance de la Croatie, Vukovar est assiégée près de trois mois par l’armée serbe. 250 personnes y sont massacrées arbitrairement à la fin du siège. Un crime de guerre jugé à La Haye. Un crime de guerre jamais oublié. Le château d’eau défiguré est devenu l’emblème de la ville. On apprend sur internet que les Croates et les Serbes n’arrivent toujours pas à se réconcilier. Chacun son école, pas de mélange.

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IMG_4994_resultatIl ne faut pas qu’on reste ici. C’est la déprime assurée sinon ! On roule un peu, en se demandant où on va bien pouvoir poser la tente. Car le ciel n’est pas disposé à nous remonter le moral. Drago nous ouvre la porte de sa ferme. Venez, on va boire un café ! Il connaît un endroit où on peut dormir à l’abri. Pas chez lui, mais pas très loin du village. Une maison qu’il n’habite pas, mais dont il a la charge depuis la mort de l’ancien propriétaire. On lui fait confiance. C’est Slobodan, son fils, qui nous y conduit. La maison est abandonnée, en ruines. À l’intérieur, du mobilier emprisonné dans des toiles d’araignée. Des cadavres de souris. Et une atmosphère… Brrrr, on en a encore la chair de poule.

IMG_5006_resultatComment ont-ils pu nous laisser là ? De son propre aveu, Slobodan n’aurait jamais dormi ici. La ferme était si grande, on ne demandait que quelques mètres dans un coin de hangar. Incompréhensible. Déconcertant. On s’enfuit à la première heure le lendemain matin. Il est vraiment temps de passer en Hongrie ! C’est d’ailleurs une douanière tout à fait charmante qui nous accueille à la frontière. Son collègue croate s’y intéresse bien plus qu’à nos passeports. Grillages et barbelés courent sur plusieurs kilomètres. Ah oui, le premier ministre Viktor Orbán veut se protéger de l’arrivée des migrants.

Après avoir appris les mots d’usage auprès des premiers Hongrois rencontrés, on se lance dans la recherche d’un petit hôtel pas cher. Finies les maisons hantées. On a besoin de repos. Mais là on réalise que plus on progresse à l’ouest, et plus les prix progressent eux-aussi. L’hôtel est désormais un luxe auquel on peut difficilement prétendre. L’orage passe. On s’installe sous une maison sur pilotis, à côté de celle d’un couple adorable. Eau de vie, bière. On discute autour de verres bien remplis. Esprit de convivialité te revoilà !

IMG_5043_resultatPuis c’est un grand tout droit jusqu’à Budapest. Sur la digue sans fin qui nous remonte vers le Nord, on s’amuse à faire des sprints. Les bords du Danube sont nickels. On y plante la tente comme dans un jardin anglais. Dans la capitale, on a rendez-vous avec Kinga et Peter. On est pareils, ou presque. Peter aime simplement un peu plus que nous les drones et les météorites. On passe un midi au musée Robert Capa, le photojournaliste hongrois. Une exposition comme on les aime, tout en clichés noir et blanc. Niveau mécano, Louis se fait faire une nouvelle roue arrière. L’ancienne commençait sérieusement à se fissurer.

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Dans un des bars en ruines (très branché) de Budapest

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Tourisme de masse sur les collines de Buda

En quittant Budapest un dimanche, on retrouve les joggeurs et les cyclistes du week-end. Louis angoisse. Il entrevoit le retour à un train-train quotidien auquel il ne se sent pas encore prêt. L’ambiance est automnale. Les arbres jaunissent, l’atmosphère se fait plus fraîche. Franchement froide à la tombée de la nuit. Du bord, on regarde passer les bateaux de croisière. On les maudit dans leurs intérieurs chauds à manger du homard pendant qu’on se les pèle sur les berges. On traverse plusieurs fois le fleuve avant de passer en Slovaquie. Premier stop pour un petit café. Discussion de comptoir : « Vous avez des migrants en France ? Oui, oui. Et des attentats aussi ? Ici en Slovaquie, on n’a pas de migrants donc pas de terroristes. » Ça faisait longtemps, tiens !

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Arrivée pluvieuse sur Bratislava, la capitale slovaque

On continue la remontée vers l’ouest. Voici l’Autriche ! C’est beauuu, c’est clean, c’est ch**** ? L’Autriche a ce petit quelque chose de parfait qui ravit autant qu’il effraie. À Vienne, on est reçus chez Charlotte, la grande sœur d’Elyette, la super copine d’enfance de Lucie. C’est comme à la maison ! On en profite pour se reposer et faire du tourisme, pur et dur. Un saut d’abord à la bibliothèque de l’université. Magique ces alignements d’étudiants studieux dans ce décor d’antan. Ça nous rappelle des souvenirs… Et on réalise qu’il nous serait difficile aujourd’hui de bachoter pendant des heures ! On file aussi jouer à Sissi et François-Joseph au palais de Schönbrunn. On y découvre une Sissi, anorexique, un peu folle… bien loin de la princesse jouée par Romy Schneider.

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LuSissi, grande fan de l’impératrice d’Autriche

On ne peut pas quitter Vienne sans aller écouter un concert. Ce sera du Beethoven et du Haydn. En cyclistes-vagabonds qui s’assument, on s’y rend en polaires et chaussures de marche ! Le parterre de têtes blanches a lui sorti les habits de gala. Au fond de la salle, dans le petit coin réservé aux places debout, on se fraye un chemin parmi les touristes asiatiques. La musique est belle, et un body-guard chargé de nous surveiller nous distrait joyeusement. Interdiction de bouger, de prendre des photos, d’applaudir au mauvais moment… Notre homme craint le comportement des non-initiés. Il y va de toutes les mimiques possibles et inimaginables pour contenir sa foule de touristes. Ils ont dû choisir leur employé le plus appliqué pour ce job. On a eu deux spectacles pour le prix d’un !

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Soirée concert au Musikverein

 

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Thomas, Charlotte et leur petit Jacques
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La candidate écolo fait les yeux doux à son électorat

L’Autriche vote mi-octobre. Des élections législatives. Le long de la route, les affiches de campagne pullulent. Et ce mot « islam » qui revient, tout le temps. Islam, islamisation, gnagnagnagna… C’est fatiguant. Après avoir passé la moitié du voyage dans des pays musulmans, on a du mal à comprendre pourquoi on stigmatise une religion et surtout des gens qui nous ont accueillis si chaleureusement.

Les Autrichiens semblent figés dans un décor de Polly Pocket. Pas un sourire dans les commerces, des cyclistes agressifs qui nous crient dessus quand on ne roule pas assez vite. Deux cafés dans l’après-midi, c’est sept euros ! Et sans un merci. Autant vous le dire tout net, on déprime. Toute cette froideur, on n’était plus habitués. Quand on s’approche du mémorial du camp de concentration de Mauthausen, on s’interdit d’aller le visiter de peur de ne pas s’en relever.

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Ça va, on arrive encore à bien se marrer !

IMG_5269_resultatDepuis Vienne, le vent de face se lève avec nous presque tous les matins. Le temps change vite. On ne quitte plus nos polaires et les shorts sont partis rejoindre le fond des sacoches. Le désert iranien nous paraît bien loin. Souvent, on a besoin de se remémorer nos souvenirs, de revisionner le film de ces derniers mois. Et puis, la nature qu’on traverse nous rappelle à elle.

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Avec Thomas et Joana
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La vaisselle dans le Danube, la classe !

On quitte l’Autriche en redoutant la Bavière. On ne change pas de décor, alors on est persuadés que l’ambiance sera la même. Grosse erreur ! Les Allemands nous redonnent le sourire. Joana et Thomas nous accueillent chez eux le premier soir. Joana part à Paris la semaine suivante et veut des conseils ! En français, car elle pratique un peu. Les gens sont souriants, avenants… On respire. Un soir, on croise deux joggeurs au moment de planter la tente. L’un d’entre eux revient le lendemain matin à 7 heures avec un petit déjeuner tout frais. Comme quoi, on s’était trompés. L’Europe sait elle aussi se montrer hospitalière.

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Avec Manuel, qui nous a apporté des bretzels au réveil

Il y a encore quelques photos, si vous cliquez ici.

 

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14 réflexions sur “Toujours tout droit

  1. Les photos automnales sont très belles. On sent dans ce récit un peu de nostalgie, c’est sûr que vous avez vécus pleins de belles choses et des gens pas sympas il y en a partout… et des sympas aussi d’ailleurs, mais on ne les trouve pas toujours au coin de la rue. Si en plus le temps n’est pas top, plus dur pour le moral. Allez les baroudeurs, pensez aux bons moments et concentrer-vous pour éviter les grincheux, les ronchons, et malpolis.!!!… et profitez pleinement de la suite de votre périple.

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  2. Drago encore ?! Et la pluie dans les Balkans ? Décidément ! Comment oublier la journée dramatique où nous avions quitté le Monténégro et j’avais eu le bon goût d’encastrer ma roue dans celle de Lucie en pleine apocalypse orageuse 😉 C’est la première fois où j’ai vu Louis blême! Et c’est vrai, nous on a toujours été bien reçus en Allemagne, pas vrai Eli ? Ça nous a même rendues un peu trop téméraires à ce qu’il paraîtrait ^^. #EliEnCrimeeTchenenieEtAutresDestinationsTouristiquesAvantgardistes
    Gardez le Bretzel et la Wurst en attendant la frite (La Frite Authentique n’attend plus que vous depuis des mois !!). Plein de bisous !!

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  3. Hello there,

    That’s right ! Keep the spirit high ! Coming closer to home, time to wrap good memories in nice and colourful paper, to keep for later. You both look strong, healthy, and of course slender and muscled. We wish you a fine and warm last part of the trip. Hopefully you ‘ll meet nice people on the way. Are you following the eurovelo 6 ? Then you ‘ll come through Mulhouse and later the Loire a velo. It’s a very nice voie verte. So, be safe, take care of each other and keep good memories for later !!!
    Bye, see you,
    Greets and Hugs from Marcus and Grietje.

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  4. Moi, je sais que vous allez bientôt rencontrer de « very very nice people » qui ouvriront grand leurs yeux pour voir où se cachent le petit point rouge, le petit point orange!!!
    Ils préparent déjà leur sacoches…….😀😀🚴‍♀️🚵🏽🚵🏼‍♀️

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  5. Bonjour les amis,

    Toujours des belles photos, le sourire et un texte merveilleux! Quel est le diamètre de vos mollets et quadriceps après tant de km? Plus ou moins de kilos après 10 mois sur les routes?
    A très vite

    Thierry et Sylvie

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    1. Merci pour le message ! Eh bien nos jambes sont particulièrement fines. L’endurance n’a fait qu’enlever le superflus, s’il y en avait déjà 😉 Quant aux kilos, on vous dira juste qu’on avait beaucoup perdu en Asie centrale, mais depuis l’Europe est passée par là et nous sommes au top de notre forme. On va avoir du mal à s’arrêter à Paris ! On vous embrasse

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  6. on ne vous a pas oubliés , mais au reçu de votre récit , je ne tenais pas  » droit dans mes bottes  » , finissez en beauté votre périple .Vous êtes très attendus par votre communauté…..Elodie & sa bande étaient à CAEN pour partager votre récit .Vite , vite vite se revoir !!!!!!

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  7. J’ai enfin rattrapé mon retard. Toujours aussi chouette de vous lire et de se laisser porter par vos mots et vos photos ! Et LuSissi, comme tu es belle ! La vraie, anorexique et un peu folle peut aller se rhabiller;-) On pense fort à vous depuis notre chère Turquie. On vous embrasse les copains !

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